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Le séquençage génomique pour l’admission à l’Acifop et le recrutement en entreprise ?

Le séquençage génomique pour l’admission à l’Acifop et le recrutement en entreprise ?

La transformation digitale des entreprises pourrait bientôt se voir substituer par un profond processus de naturalisation.

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Le recrutement en voie de naturalisation ?

Entreprises et Grandes Ecoles devraient y réfléchir à deux fois. Est-il toujours utile d’infliger aux candidats des épreuves complexes et multiples, pour identifier et recruter les meilleurs ? Avec les avancées des sciences cognitives, et particulièrement des neurosciences, un rapide séquençage de l’ADN permettrait de lever le voile sur vos potentialités véritables. Et cela, pour une centaine d’euros, soit moins coûteux qu’un simple test psychotechnique réalisé en cabinet !

D’ailleurs, des experts reconnus, tel Laurent Alexandre récemment, défendent cette vision, d’une origine génétique à l’hétérogénéité sociale des capacités cognitives :

« En réalité, on sait aujourd'hui que l'ADN détermine plus de 50 % de notre intelligence. L'école et la culture familiale ne pèsent pas beaucoup face au poids décisif de la génétique […] Ce n'est pas parce qu'il y a des livres dans les bibliothèques des bourgeois que leurs enfants sont de bons lecteurs, c'est parce qu'ils ont reçu un bon patrimoine génétique  » ( https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/determinisme-pourquoi-bourdieu-avait-tort_2002043.html).

L’inégale répartition en intelligence des enfants, selon leur appartenance sociale, serait principalement d'origine génétique. Arthur Gensen estime à 80 % cette part innée. Le capital génétique serait dominant face au pauvre capital social bourdieusien. Les prédispositions génétiques, dont profiteraient les classes aisées, expliqueraient de facto la reproduction des inégalités sociales. L’énigme de la transformation de l’héritage en mérite scolaire se trouverait finalement dans notre ADN.

L’argumentaire de Laurent Alexandre prend pour base des travaux très contestés, telles les études de Philippe Rushton, pour qui « les hormones qui confèrent aux Noirs un avantage en sport les rendent agités à l'école et plus facilement enclins au crime » (« Race, évolution et comportement »).

La Chine a tôt-fait d’ailleurs de s’emparer du sujet, avec le Beijing Genomics Institute. Le but ? Créer les génies de demain, en sélectionnant les embryons les plus prometteurs.
A lire les partisans de cette théorie naturalisante, le débat sempiternel sur la part de l’inné et de l’acquis semble désormais clos. L’homme neuronal se substituerait à l’homo sociologicus, comme à l’homo oeconomicus. L’intelligence se réduit-elle réellement au génome ? La cognition est-elle totalement soluble dans les seules neurosciences ?

Les apories de la thèse naturaliste

Outre les failles épistémologiques et méthodologiques des travaux soutenant l’hypothèse génétique, des anomalies observationnelles disqualifient ce discours réductionniste. L’esclave Epictète n’était-il pas le maître spirituel de l’empereur Marc Aurèle ?

  • Dès 1949, Donald Hebb déclarait « Deux facteurs déterminent la croissance intellectuelle: un potentiel inné, absolument indispensable, et un environnement stimulant, tout aussi indispensable. Il est inutile de se demander lequel est le plus important. On pourrait supposer que l’intelligence croît jusqu’à la limite fixée par l’hérédité ou par l’environnement – le minimum des deux. Dans un environnement parfait, c’est la structure innée qui donne le rythme; mais en partant d’une hérédité de génie, c’est l’environnement qui domine. » (« The organization of behavior »). Distinguer la part de l’innée et de l’acquis suppose de prendre nos capacités comme étant un modèle additif, où génétique et social ne se recoupent jamais. Le bon modèle est évidement multiplicatif : ces deux éléments s’imbriquent inextricablement, car en interaction constante
  • L’organisation cérébrale et les mécanismes neuronaux de l’apprentissage sont universels au sein de l’espèce humaine. Le cerveau de l’enfant est structuré, dès la naissance, par des primo-compétences communes à tous ;
  • Même des lésions cérébrales massives peuvent être surmontées. L’éducation peut moduler, de façon dramatique, le potentiel initial de l’enfant. Batro (« Un demi‐cerveau suffit ») relate l’histoire de Nico, un patient ayant subi à 3 ans une « hémisphérectomie ». Malgré l’ablation totale de l’hémisphère droit, celui-ci a suivi une scolarité normale, développant un rare sens artistique. La plasticité cérébrale du cerveau humain permet l’acquisition de capacités radicalement nouvelles. Ces observations remettent frontalement en cause l’idée de facultés cognitives innées ;
  • Il existe un brassage génétique puissant, qui ne permet pas de différencier des types de génomes, par classes sociales. Dans nos sociétés, les recompositions intenses et incessantes du matériel génétique empêchent l’installation de génomes socialement différenciés ;
  • L'existence d'une relation entre gènes et comportements reste très hypothétique, et n'implique pas que l'intelligence soit héréditaire. Dresser une carte du génome où l'on ferait correspondre tel gène à telle fonction n’est pas réaliste, en raison de la polyvalence des gènes ;
  • Dès les premières millisecondes de la fécondation, un effet de l'environnement se fait sentir. L’interaction précoce des facteurs génétiques et environnementaux limite la prédétermination des gènes. En outre, la part de l'acquis peut être antérieure à la naissance. Ainsi, le fœtus se voit doté de capacités d'apprentissage ; il est, par exemple, capable de reconnaître la voix de ses parents ;
  • L’intelligence est multiple. Certaines habiletés s’inscrivent dans des champs différents. Autrement dit, nos capacités paraissent inégales dans des contextes divergents. De fait, les potentialités de chacun sont fonction de l’exposition à un environnement prédominant. Parler de détermination de l’intelligence, sans définir exhaustivement ce concept complexe, n’a que peu de sens.

L’ « illusion moraliste » est-elle un « instinct du troupeau » ?

« L’illusion moraliste » consiste à passer de la prescription de ce qui devrait être à l’affirmation de ce qui est. Ce biais rejoint le concept nietzschéen de « morale d’esclave », qui cherche à domestiquer nos instincts. Chez Nietzsche, l’esclave jalouse le maître, au point de lui dénier sa puissance, sa supériorité. L'antagonisme entre maître et esclave est constitutif la « généalogie de la morale ». Les croyances des faibles ne sont jamais sans raison ; elles constituent le moyen par lequel, confrontées à l'absurde, les esclaves parviennent encore à se vivre.

Laurent Alexandre taxe à demi-mot la représentation paradigmatique dominante de morale d’esclave, d’ « instinct du troupeau » :

« La corrélation dérangeante entre pauvreté, environnement culturel, bagage génétique, capacités cognitives et QI reste taboue ».

Chez Nietzsche, la morale des faibles est le pendant de la morale des maîtres. A contrario, cette éthique amène les maîtres à se différencier des esclaves. Ce biais entraîne les classes aristocratiques à vouloir se distinguer, en essence, des plus inférieurs. Cette pente naturelle de l’esprit s’exprime dans le naturalisme illusoire de Laurent Alexandre. Son article est un créationnisme déguisé, qui vise l’automystification destructrice de l’humaine condition.

David Hume parlait de « l’illusion naturaliste », pour qualifier la nature d’un raisonnement qui passait subrepticement de l’affirmation de ce qui est à la prescription de ce qui devrait être. On pourrait qualifier d’illusion créationniste mystificatrice le propos de Laurent Alexandre, qui passe fallacieusement et sournoisement du registre hypothétique au registre normatif.

La philosophie de la pédagogie à l’Acifop : une maïeutique agile

2018. Dewey - key to happiness

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Multifactorielle, l’intelligence est également multiforme. La pédagogie doit s’adapter à ces formes d’intelligences, théoriques, pratiques et sensibles. Pour ce faire, l’apprentissage doit devenir agile. L’objectif est de mettre en confiance les apprenants, en éveillant les diverses expressions de leur créativité. Formateurs et pédagogues, nous sommes des accoucheurs de potentialités.

A l’Acifop, on base notre approche pédagogique, sur la conviction selon laquelle l’intelligence naît de l’expérience. L’expérience en classe doit devenir une expérience de vie. Dès le 19e siècle, Dewey lançait la méthode learning by doing, qui consiste à apprendre par et dans l’action. L’expérience se situe au centre des apprentissages. La pédagogie transmissive doit se faire sur la base d’une approche par projet.

Le temps en classe se voit consacrer à la joie d’essayer, échouer et recommencer. Ayant une valeur révélatrice inestimable, l’erreur est un incontournable de l’acte d’apprendre. Le statut de l’erreur s’inscrit plus que jamais au cœur de nos dynamiques pédagogiques.

Le temps de présence en classe est dévolu à la résolution de problèmes, à la gestion de projet, à la mise en situation, à la concrétude. A l’Acifop, la formation en présentiel exploite au maximum la possibilité pour l’apprenant et le formateur d’interagir en temps réel.

La philosophie de la pédagogie à l’Acifop, permet de développer les compétences de chacun, quel que soit leurs appétences, intelligences, connaissances… Cela est rendu possible par une approche par projet, qui repose sur :

  1. L’établissement de plans d’apprentissage personnalisés : sous le prisme des observations initiales, l’intervenant va proposer des ressources afin d’atteindre l’objectif de formation ;
  2. La mise en œuvre de pédagogies agiles, visant à promouvoir l’autonomie et l’esprit créatif ;
  3. La gamification, qui améliore le taux d’engagement dans la formation ;
  4. Le suivi des courbes de progression : nos tableaux de bord mettent en évidence des données d’apprentissage (acquisition de savoirs).

2018. Dewey - failure is instructive

Cette maïeutique agile, consiste à faire accoucher les esprits de leur potentiel de création, en démultipliant les techniques visant à produire des formes d’expressions multiples. Le formateur doit alors tirer la quintessence des ressources créatives des apprenants. Ce capital de création n’est en rien réductible à tout autre capital (social, économique, symbolique, culturel, génétique). Cette pédagogie en revient à une éthique de la puissance d’agir, de la confiance en soi et de la joie !

Guillaume Vimeney, Directeur de l’Acifop
acifop-formation.com